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La postnationalité selon Jürgen Habermas - La Volonté de décision (IX)

Je poursuis la mise en ligne de ce court essai politique que je publierai en dix fragments comme un feuilleton à périodicité aléatoire, entre un et trois jour. Le neuvième épisode ci-dessous.

 

IX

 

La postnationalité plusieurs fois évoquée ici, et évoquée de même quoique largement édulcorée par Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt dans leur manifeste (voir VIII), renvoie à une notion du post-national telle que formulé par Jürgen Habermas dans Die postnationale Konstellation (1998). Je développe : il s'agit d'une alternative à l'État-Nation, en dehors de ses frontières par un fédéralisme plus ou moins intégral, et substantiellement par une dissociation du principe identitaire et de la pratique de la démocratie. Cette conception du post-national par Habermas, bien qu'imparfaite, a un mérite, celui d'interroger notre époque sur les moyens d'affirmer le primat du politique, ce qui construit un « espace territorial », et la valeur éthique et pratique du droit... Dans le premier essai cité, Die postnationale Konstellation, qui est suivi par deux autres, traduits en français et rassemblés, sous le titre Après l'État-Nation, je relève deux points qui correspondent bien à mon propos : d'abord le caractère volontaire du choix post-national, ensuite au cœur de la réflexion le découplage net de la souveraineté populaire et de la souveraineté territoriale pour donner a posteriori les faveurs à une conservation de la première. Ceci-dit, plus qu'à l'approfondissement de la légitimité démocratique des institutions européennes, Habermas s'intéresse plutôt dans une perspective social-démocrate (keynésienne) et universaliste, à la préservation des politiques sociales, inefficaces à l'échelle de l'État-Nation, à une échelle transnationale par le développement de solidarités. S'appuyant sur une modélisation historique de la constitution des État-Nations qui auraient construits leur identité à partir d'ensembles à l'origine purement administratif, Habermas postule la fondation par le droit de ces solidarités transnationales. La souveraineté populaire en Europe n'est plus alors qu'un moyen en tant que procédure, au même titre que la formation de l'opinion à l'échelle du continent en tant que pratique, au développement des solidarités transnationales. Bien entendu si ces solidarités impliquent une redistribution – nécessaire – des centres vers les périphéries, la redistribution ne pourrait être pour l'heure qu'une redistribution de bon vouloir (l'empathie) et non pas contrainte par une participation à égal des périphéries. Quoique très europhile, Habermas ne pousse pas à la limite son discours dans le sens de la fédéralisation, en tout cas bien moins que dans celui du sociétalisme. C'est sans doute là qu'il est le plus subversif et gauchement ambitieux. Le principe de constellation post-national je le répète est efficace à deux échelles, en dehors et en substance ; il ne se limite pas à une mise à hauteur de la souveraineté populaire suivant en cela les transferts de compétences, mais est une redéfinition même de la communauté souveraine et fédérée fondée non plus sur des critères identitaires exclusifs mais sur deux critères ouverts que sont : le droit (la constitution) et la participation (le débat), c'est-à-dire, ce que l'on dot appeler un sociétalisme, en réponse autant aux remises en cause de l'État que de la Nation par l'Union européenne autant que par le multiculturalisme. Une telle association de la démocratie et de la société, de la largeur et de l'ouverture de la base citoyenne serait inédites. Les modélisations historiques produites par Habermas omettent un détail, de taille s'il en est, la construction de l'identité nationale par l'État et à partir du droit débute bien avant la rédaction des constitutions démocratiques et est moins le fait de citoyens que de sujets. Seul un exécutif fort, historiquement, porteur d'un absolutisme de valeur, a été a même de supporter en son sein une société ouverte sans se porter préjudice – à l'exception près des Provinces-Unies du XVIe au XVIIIe siècle mais l'extra-structure faible a été dominée par un centre : la Hollande dont la puissance économique a été la légitimation d'un hégémon politique.

 

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