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  • L'essence du fédéralisme - La Volonté de décision (VIII)

     

    Je poursuis la mise en ligne de ce court essai politique que je publierai en dix fragments comme un feuilleton à périodicité aléatoire, entre un et trois jour. Le huitième épisode ci-dessous.

     

    VIII

     

    Ce que je viens de décrire comme un « euroscepticisme réactionnaire » est le constat de l'échec de l'Europe d'après-Maastricht caractérisé par l'importance des transfert de compétences, l'émergence de l'Allemagne comme centre de plus en plus hégémonique, remettant en question les équilibres traditionnels, et la conversion des partis de gouvernement à une politique intransigeante de l'offre, qui les rend plus réticents à l'interventionnisme économique ou leur en coupe les moyens ; le capital allant toujours au plus simple, l'ouverture convenue des frontières n'a pu conduire qu'à un cannibalisme. Le discours fédéraliste actuel, attaché à une conception hamiltonien de l'État, suppose qu'une plus grande intégration résoudrait les problèmes d'ordres institutionnels – certains parlerons de fuite en avant – sans s'interroger sur la nature même de cette intégration, ses ressorts ni ce qu'elle remet en cause. Je devrais peut-être biffer cette dernière phrase qui ne me satisfait pas en plein, elle est trop caricaturale, impropre à traduire la physiologie d'un courant au complexe. J'entends plutôt montrer sa duplicité, son caractère plurivoque en abordant ici la question du fédéralisme à partir d'une critique du livre Debout l'Europe de Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt (2012), pour une révolution postnationale en Europe, qui énonce les idées du fédéralisme européen considéré comme le plus radical et politique. Je me bornerai à analyser trois principes, évidents bien que tacites dans leur manifeste, qui me semble bien décrire l'essence du fédéralisme aujourd'hui :

     

    • La question de la démocratie n'est évoquée qu'à la marge. L'Union européenne est envisagée seulement de façon utilitaire pour remplir des objectifs économiques : performance, croissance pour les uns, politiques d'endiguement des nations pour les autres. L'élection au suffrage universel direct d'un président (et l'impôt direct) brièvement évoquée par les auteurs n'est à leurs yeux que le moyen d'une plus grande indépendance vis-à-vis des États ; elle n'est pas considérée du point de vue du droit comme un pas en avant dans la prise en compte nécessaire d'une représentation juste.

    • La méfiance envers la souveraineté des nations, propre à tout fédéralisme vertical et ascendant, est exprimée mais atteste essentiellement d'une double nature de ce fédéralisme fondée soit dans le ressentiment, soit dans une approche utilitaire et pratique. Le fédéralisme apparaît comme le moyen de liquider un nationalisme démonisé et haï au prétexte qu'il serait seul responsable des maux du XXe siècle et plus spécifiquement des holocaustes, soit comme un moyen de se hisser malgré les réserves des États à l'échelle des empires : Chine, Inde, États-Unis, Russie afin de persister sur la scène internationale.

    • L'idée d'Union européenne est coincé entre un pragmatisme de l'immédiateté et une l'utopie, entre une pratique de la politique concrète et gestionnaire conjuguée au présent et sensé se substituer à une idéologie avec des objectifs défini, et une eschatologie libertaire – remettant dans les deux cas en cause le rapport à l'Histoire soit niée dans le présentisme soit exclue par l'avènement d'un temps universaliste anhistorique. L'Histoire est réduite à une lecture du passé simpliste, lacunaire pour ne pas dire inexacte, avec lequel il faudrait rompre. En cela la construction européenne et plus précisément le projet fédéraliste s'affiche comme une véritable révolution mais c'est une révolution réformiste qui se satisferait du simple amendement des institutions actuelles qui ne sont en rien jugées viciées par nature.