Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Incarnations - Page 2

  • Le Nouvel échiquier

     

    ttl8.jpg

     

    De l'autre côté du miroir

    Sur l'autre versant

    Biseauté du réel

    Comme carte tricherie

    Je suis le cavalier blanc

    Le pion perdant

    D'un jeu perdu.

    Alice,

    Sur un autre plan

    D'ordonnées et d'abscisses

    Béant et géant.

     

    De l'autre côté du miroir

    Sur l'autre versant, biaisé

    Des prédateurs

    En dépit des surfaces polies

    Je suis le cavalier blanc

    L'antidote, Alice

    Qui s'affranchit des règles - entre joueurs

    Tête première au trot marché

    Brique par brique

    retrouve l'intégralité

    Des espaces

     

    De l'autre côté, en l'abysse d'un reflet

    Je suis le verdict aux phantasmes

    Le cavalier d'une armée chancelante

    Autant de mésalliances

    Dont il faut renier

    Les commandements

    Je brise la défense

    D'un roi impotent

    Qui exerce son pouvoir de nuisance

    Comme une dernière forme

    D'hégémonie.

     

    De l'autre côté du miroir

    Sur le versant inverse,

    Les stratégies barbares

    Qui font d'hier demain ;

    Pour rester dans un jeu sénile

    de ressentiments

    Il faut jouer double

    Dollar - Rouble

    Avant que ne prennent le feu

    Aux terres démembrées du centre

    Comme il a été instillé ailleurs

     

    De l'autre côté du miroir

    Finir enfin par descendre

    L'ubac pentu comme un hoquet

    Ce versant impossible

    Où la huitième case fait l'arène.

    Je suis le cavalier blanc,

    Le pion proche qui s'éloigne, Alice

    De l'autre côté de la négation

    Je ne peux m'entrainer à croire

    Leurs fadaises

    Deux demi-heure chaque jour.

     

  • Les Diluviennes

                                    

    A4492.jpg

       I

     

    J'aimerais qu'une marée basse découvre le gué

            retirée

    -        jusqu'à son bassin forclos

    J'aimerais qu'une marée retienne loin

    Le peste large qui nous faisait peur

                                   Avant-hier

    Et que nous nous vantions d'avoir dompté

                                       Hier

    Et par lequel tu nous punis

                                       Aujourd'hui

    J'aimerais fouler la terre meuble

    D'un pied solide et agile

    Revoir par mes yeux

    L'abondance des champs,

                         des forêts

    L'abondance perdue

                         pour l'abondance.

     

    J'aimerais que cesse d’emporter par delà les écluses

    Les eaux grossissantes du fleuve

    Les âmes noyées

                                       des paysages

    Avant qu'il n'aie été rendus

                        Inhospitalier

    Corrompues

                par le débord.

    Que les cours retrouvent leur lit

    Comme aux premières roses

                             de l'enfance

    J'aimerais

    Sous quinze coudées d’eaux profondes

    Que mon frère            

                                        isolé

                                       Ne se répande plus

    Des hommes ont crû

    Des hommes

                            sans consistance

                            ont crû d'entre nous même

    Et nous n'existons plus

    -        déjà

    J’aimerais me délier des transports

     

    Déjà – la violence est partout

    Plus rien ne peux empêcher

    L'eau de couler

    L'eau coule

                à flux continu

    En un flux continu

    Coule à flot

    Et la terre a perdu ses capacités d'absorption

    Rien ne peut plus empêcher les pluies

    De s'abattre en vogues éphémères

    Ni les sources de sourdre

    Vagues successives

    -        d'appétence.

    Plus rien ne peux l'empêcher.

     

    Une voix m'a tiré des rais

                            du Déluge

    Une voix a soustrais mon foyer

    à la catastrophe

    Mes enfants, ma femme

    Ont été épargné

                J'ai perdus mes biens

                mais pas ce qui fait la bonté

    Une voix m'enjoignit de construire un arche

    Refuge pour ce que j'ai de plus cher :

                                       mon foyer.

    Une voix m'enjoignit de construire un abri

    Jusqu'alors,

    Nous n'avions connu que des radeaux de détresse.

    Une voix m'enjoignit

                de faire entrer dans l'arche le mâle et la femelle

    Et quand la terre sera sèche,

    De répéter la chaîne

                Qui s'était perverti.

     

    Rien ne peut plus empêcher l'eau qui

                                                       gicle

    L'homme n'arrêtera

                                    jamais l'eau de grossir

                                    jamais,

                                       il n'a su la maîtriser

    Un seau n'en prélèvera

                                    Que sa propre contenance

                                    Et qu'elle force faut-il pour écoper

                                    Ce qu'une moindre fissure

                                    Réduit à néant !

    Un drain ne retiendra pas

                                   quand le ruisseau déborde,

                                       inonde et s'épand

                                    Les eaux déchaînées pour soumettre.

    Le moulin a transmué le courant

                En force mécanique

                                     mais jamais ne dirigera le fleuve

    Un navire, durant sa traversée

                                    n'aura jamais à sa main l'océan

    Et moulin et navire  ne pourront au mieux

                                    qu'en faire profit

                                    à  leurs périls.

    Une digue a cédé les polders

                            aux marées fortes

                            Ce que nous avons gagné,

                            Dont la terre porte encore le goût du sel

                            Sera la première chose à rendre

                                    Rien, ne peux l'empêcher.

     

    Déjà – Une voix plus obscure me prévient

    Je ne mérite pas cette distinction

    Je ne méritais rien

    sinon la surdité        

    et la terreur

    Indigne – j'ai été cupide,

                    j'ai violé 

    Indigne – j'ai vénéré une idole

    que la pluie brouille

           à la surface des eaux

    J'étais corrompu – j'y trouvais

    Une joie – toute humaine.

    J'ai cru bon de permettre, en toute indignité

    J'ai consumé.

    Comment serais-je maintenant

                            la personne ?

    Je ne mérite pas d'être

    Le dernier adam d'un monde en ruine,

                                                   englouti

    Le premier adam pour reconstruire ta Cité

    Quand la terre sera sèche.

     

    J'attends un signe

    que la décrue s'amorce – enfin

    vienne la résorption

    Que la terre étanchée ne prête plus la soif

                                                          à mes frères

    -        noyés

                                              déjà

    Que le jour et la nuit

                            comme le cours des saisons

    Succèdent aux orages absolus

    J'aimerais

                   qu'aux prochaines semailles

                            sur des champs ravinés

    Nous prêtions la main,

                            respectueux toujours

    En l'attente des franches moissons

    Et que cela ne cesse plus.

     

                                       II

     

    L'homme qui sortira des eaux sera de lave

    L'homme qui jaillira

                            sera de lave brûlante

    Cet homme sera

                            de lave

    Il sera de lave visqueuse

    Il sortira des eaux

    empruntera les voies tracées par l'eau

                les empruntera avec persévérance

    Il empruntera les voies tracées par l'eau,

                                       pesamment

                et les comblera

                et les fera sienne

    L'homme qui jaillira sera de lave

                            et repoussera l'eau qui court

                            il repoussera l'eau présente

    L'homme qui sortira des eaux

                s'édifiera sur l'eau

     

    L'homme qui émergera viendra des entrailles   

    il sera la parole et l'action

                            qui se jette       dans l'eau

    Il sera la magnanimité

                qui se déverse

                            en couches successives

    L'homme qui émergera des eaux fera un écoulement lourd

                où chaque position retient sa forme

                et ne remet pas sa forme au jeu

                et ne la renie pas

    L'homme viendra des entrailles

                            en couches brulantes

    Il se  jettera par couche successives     dans l'eau

    Il se déversera en couches épaisses

    Il se déversera en coulée

    Il se déversera avec lenteur

                En un épanchement délibéré

                En un épanchement éthique

     

    L'homme qui croulera sur l'eau sera de lave

    Il sera brûlant

    puis froid

    Il sera bouillant

                            puis calme

    La lave

                sera prête à devenir solide

    La lave deviendra concrète

    la lave sera prête

    à se sédimenter

                jusqu'à atteindre la bonne épaisseur

                jusqu'à atteindre

                une épaisseur suffisante

                                          pour émerger

                une épaisseur libre

       pour sortir de l'eau

    La lave sera prête

                            à s'étendre en toute direction

    L'homme qui se lèvera alors sera de lave

    et coulera en lents bourrelets

    Jusqu'à fonder le nouveau 

                                       Continent.

  • L'Etat pluri-national - La volonté de décision (X)

    Je termine la mise en ligne de ce court essai politique que je publierai en dix fragments comme un feuilleton à périodicité aléatoire, entre un et trois jour. Le dernier épisode ci-dessous.

     

    X

     

    Si je m’en tiens à la définition de la post nationalité donnée au dernier épisode, la distinction hors de l'État-nation entre le principe identitaire (la nation) et l'intégration par le droit (la décision) conduit à un antagonisme entre l'identité et la participation. Le sociétalisme le plus avancé, issu d'une substitution parfaite de la société à la Nation dans ce que je pourrais appeler l'État-société, implique en démocratie de fait un relativisme d'État. La légitimité de l'État-société se situe alors dans le seul lien social qui est une pratique du territoire. Le sociétalisme est donc une approche pragmatique de la communauté ou une communauté qui aurait évacué tout idéal communautaire – qui ne se représente plus ou se représente dans son universalisme. L'on peut se poser quelques questions motivées sur ce lien social, pour ce qui est de sa force et de son effet centripète, de sa nature qui paraît très complexe et inconsistante, de sa réalité et de sa durée à l'épreuve des faits. Hors de la nation, d'où proviennent en démocratie les valeurs qui font communauté ? Et pour pallier, ces valeurs en démocratie peuvent-elles être légitimées de façon extérieure aux citoyens, ce qui a été possible dans des régimes où le peuple n'est que sujet ? La République romaine est morte de la déliquescence du mos maiorum ; l'Empire s'est très bien accommodé de la diversité ethnique, culturelle et du syncrétisme. Le défi des extra-structures consciente de leur devenir sera de faire le deuil de la nation au sens classique de l'État-Nation, pour former un État plurinational [dont les contours des subdivisions administratives pourraient ne pas correspondre aux anciennes nations si l'on valorise, au nom de la reconnaissance des mouvements autonomistes, les identités locales] dans lequel tout individu participant à la société devrait avoir un pouvoir de décision, sans nier une identité (non une ipséité) culturelle et historique partagée, moins inclusive que la nation, jamais ethnique, mais qui ne peut se limiter non plus au simple choix d'un modèle politique. Pour ce faire, les extra-structures devront résoudre ce déficit de concept qui ne peut supporter en démocratie deux sources de légitimité : substructurale, celle de la communauté inaliénable ou de la Civilisation, et structurale, celle du peuple particularisé, et ce afin d'assurer la coexistence d'une souveraineté populaire exigée sur la base la plus large possible, et un absolutisme de valeur, ou des principes légitimés par eux-mêmes et voués à la transmission dont l'État à partir de sa base souveraine est garant. En Europe, pour le dire autrement et de façon sans équivoque, ce serait faire le choix d'une Union prenant en compte ses intérêts périphériques, et majoritaires de droit, une Union en deux mots plus continentale, close et tournée vers le continent. Il n'y aura que trois autres alternatives : ou les constellations post nationales (voir IX) qui ne peuvent conduire qu'à un communautarisme de fait, système mou plus qu'anomique, n'ayant de positivité que dans l'instant et incapable de se perpétuer, ou la poursuite dans la voie actuelle caractérisée par le manque de légitimité des institutions, de graves déséquilibres entre les centres et les périphéries, une abstention forte des citoyens (voir II-III), ou le césarisme au bénéfice d'un exécutif national ou transnational centralisé et fort dans lequel le rapport direct au peuple à travers le plébiscite et le referendum ne sera plus qu'une mystification ou la concession contre monnaie de singe de notre volonté de décision.

     

  • La postnationalité selon Jürgen Habermas - La Volonté de décision (IX)

    Je poursuis la mise en ligne de ce court essai politique que je publierai en dix fragments comme un feuilleton à périodicité aléatoire, entre un et trois jour. Le neuvième épisode ci-dessous.

     

    IX

     

    La postnationalité plusieurs fois évoquée ici, et évoquée de même quoique largement édulcorée par Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt dans leur manifeste (voir VIII), renvoie à une notion du post-national telle que formulé par Jürgen Habermas dans Die postnationale Konstellation (1998). Je développe : il s'agit d'une alternative à l'État-Nation, en dehors de ses frontières par un fédéralisme plus ou moins intégral, et substantiellement par une dissociation du principe identitaire et de la pratique de la démocratie. Cette conception du post-national par Habermas, bien qu'imparfaite, a un mérite, celui d'interroger notre époque sur les moyens d'affirmer le primat du politique, ce qui construit un « espace territorial », et la valeur éthique et pratique du droit... Dans le premier essai cité, Die postnationale Konstellation, qui est suivi par deux autres, traduits en français et rassemblés, sous le titre Après l'État-Nation, je relève deux points qui correspondent bien à mon propos : d'abord le caractère volontaire du choix post-national, ensuite au cœur de la réflexion le découplage net de la souveraineté populaire et de la souveraineté territoriale pour donner a posteriori les faveurs à une conservation de la première. Ceci-dit, plus qu'à l'approfondissement de la légitimité démocratique des institutions européennes, Habermas s'intéresse plutôt dans une perspective social-démocrate (keynésienne) et universaliste, à la préservation des politiques sociales, inefficaces à l'échelle de l'État-Nation, à une échelle transnationale par le développement de solidarités. S'appuyant sur une modélisation historique de la constitution des État-Nations qui auraient construits leur identité à partir d'ensembles à l'origine purement administratif, Habermas postule la fondation par le droit de ces solidarités transnationales. La souveraineté populaire en Europe n'est plus alors qu'un moyen en tant que procédure, au même titre que la formation de l'opinion à l'échelle du continent en tant que pratique, au développement des solidarités transnationales. Bien entendu si ces solidarités impliquent une redistribution – nécessaire – des centres vers les périphéries, la redistribution ne pourrait être pour l'heure qu'une redistribution de bon vouloir (l'empathie) et non pas contrainte par une participation à égal des périphéries. Quoique très europhile, Habermas ne pousse pas à la limite son discours dans le sens de la fédéralisation, en tout cas bien moins que dans celui du sociétalisme. C'est sans doute là qu'il est le plus subversif et gauchement ambitieux. Le principe de constellation post-national je le répète est efficace à deux échelles, en dehors et en substance ; il ne se limite pas à une mise à hauteur de la souveraineté populaire suivant en cela les transferts de compétences, mais est une redéfinition même de la communauté souveraine et fédérée fondée non plus sur des critères identitaires exclusifs mais sur deux critères ouverts que sont : le droit (la constitution) et la participation (le débat), c'est-à-dire, ce que l'on dot appeler un sociétalisme, en réponse autant aux remises en cause de l'État que de la Nation par l'Union européenne autant que par le multiculturalisme. Une telle association de la démocratie et de la société, de la largeur et de l'ouverture de la base citoyenne serait inédites. Les modélisations historiques produites par Habermas omettent un détail, de taille s'il en est, la construction de l'identité nationale par l'État et à partir du droit débute bien avant la rédaction des constitutions démocratiques et est moins le fait de citoyens que de sujets. Seul un exécutif fort, historiquement, porteur d'un absolutisme de valeur, a été a même de supporter en son sein une société ouverte sans se porter préjudice – à l'exception près des Provinces-Unies du XVIe au XVIIIe siècle mais l'extra-structure faible a été dominée par un centre : la Hollande dont la puissance économique a été la légitimation d'un hégémon politique.