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  • Fragment hivernal

     

    L'heure indiquée dans les éphémérides de coucher du soleil correspond à une opacité complète de la nuit et non pas à l'obscurcissement crépusculaire qui caractérise les après-midi de décembre dès trois heures de l'après-midi. Le jour se lève, lui aussi, tardivement, avec la même progressivité, pour devenir une franche clarté, tant et si bien que les mois d'hiver ressemblent à quelque voyage sur ces petites voies ferroviaires de montagne où l'on passe plus de temps dans les tunnels qu'à la lumière du jour. Après les premiers froids des semaines passées les gens sont rentrés chez eux, et mécaniquement malgré le redoux continuent à passer leurs soirées à l'intérieur, au sein du cocon domestique ou dans les bistrots.

     

    ...

     

    Les radiateurs électriques presque éteints, il ne faisait pas froid, au contraire ; le four était encore allumé et réchauffait l'appartement, du moins la cuisine et le living room, d'une chaleur plus douce. Elle avait passé la plus majeure partie de l'après-midi à faire des petits pains - sans discrimination de nationalités : des boules de pain bis, des pains polaires, des pitas, des kesras, des chaussons indiens fourrés au fromage, des fougasses... toute une débauche de farine et de levures. La dernière fournée était à mon retour déjà en train de refroidir sur la planche à découper. C'est une bonne cuisinière ; et avec elle, l'hiver à l'odeur d'une croûte bien dorée que l'on rompt.

  • Jean-Baptiste sait...

     

    J'offre ma main du bout des doigts

    J'offre des roses insipides

    J'offre mes préjugés pour toute vision du monde, si vous êtes intéressés n'hésitez pas à me contacter au 06.12.34.56.87

    J'offre un emploi – du participe passé du verbe avoir – qui n'est pas répertorié parmi les codes ROME.

    J'offre le Don au Rostovites

    Jauffre de délicieuses pitreries orthographiques

    J'offre le curetage des idéaux pour toute audace avortée

    J'offre la garantie de me reprendre

    J'offre ma psyché à la science

    J'offre à qui le veux mes services à crédit

    J'offre la photo du maréchal Joffre au dernier poilu ; et ça lui fait plaisir

    J'offre le premier prix pour ton ventre aux en chairs

    J'offre chaque jour des sacrifices sur un autel absurde

    J'offre

    Avant même que l'on me demande

    De la fermer.

     

  • Sur la social-démocratie

    Il y a deux ans j'écrivais :

    "On trouvera peut-être mes idées ambiguës – certains m'accuseront même d'avoir viré de bord, mais mes idées ne souffrent pour moi d'aucune ambigüité. A l'inverse je ne remarque dans celles des autres que des contradictions, ou de la mauvaise foi ou du refoulement ; aucune qui ne soit réellement honnête.


    Ils se disent modernes ; leur modernité m'ennuie. Je n'ai plus envie de répéter leur doxa. Je ne trouve que de la vacuité dans ce qu'ils appellent, la social-démocratie.


    J'ai bien conscience que leurs idées ne mènent nul part, qu'elles ne peuvent nécessairement mener nulle part si ce n'est à la catastrophe, parce qu’elles même ne sont rien – sinon la vacuité.


    La vacuité de notre époque,


    celle du contrat révocable et de la transaction.


    Le libéralisme, le relativisme, l'universalisme actuel ne sont qu'absence de valeurs. Dans la gauche moderne, il n'y a ni de centre de valeur (l'absolutisme) ni de borne (le nationalisme par exemple, que j'abhorre également). Au fond, la social-démocratie est la dissolution et la liquidation de toute forme de valeurs, son aboutissement lorsqu'à la morale on aura définitivement substitué mièvrerie."

    Je n'en retire pas une ligne.

  • Mouvements pendulaires

     

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    Le plus difficile est de ne pas regretter chaque jour ces temps intervallaires sans autre but que les déplacements ; et qui ne sont pas destinés à l'action propre, qui la contiennent en germe, qui la conditionnent, parfois la modifient – l'attente est propice aux réflexions et aux choix – mais qui procèdent seulement d'une contrainte : notre matérialité. Et plus la vie qui suit est intense plus le sentiment d'un immense gâchis pèse lors de ces migrations ordinaires. Certes on peux se divertir, être au monde sans autre affaire, sentir, croire parfois s'occuper, ou habiter ce temps en marge. Mais quelque chose de nos proches nous échappe toujours durant les trajets pendulaires. L'attente de la suite remet en cause la continuité même de notre vie qui voudrait être montée comme au cinéma en une succession de plans, ainsi de suite. Un des grands écueils du progrès est d'avoir facilité la locomotion et réduits les distances sans les supprimer, d'avoir répété et banalisé le temps du voyage, au point de le désenchanter. Tous les grands mythes racontent des errances, des pérégrinations... mais rentrer chez soi le soir n'est plus une aventure – d'où notre emmerdement.